Pierre Blanchard

P. Blanchard

Les « maux » de l’Europe

Tels sont, parmi tant d’autres, les trois principaux « maux » de l’Europe. L’Europe est malade, selon le Président JC. Juncker, l’Europe est en crise, selon la Chancelière A. Merkel.

Maladie, crise, le patient « Europe » ne va pas bien et ses « maux » peuvent être considérés comme ceux dont souffrent trop de citoyens européens en cette fin d’année 2016.

Hélas, un quatrième « mal » se prépare depuis le 23 juin dernier : celui des conséquences, pour les citoyens des 27 EM, de la mise en œuvre de la sortie du Ru. Conséquences qui risquent d’être graves, au cas où la défense des intérêts des citoyens ne figurerait pas parmi les priorités des négociateurs de l’UE. Il est même déjà escompté que ce nouveau « mal » compliquera les éventuels « remèdes » contre nos « maux » communs, que ce soit pour les personnes restées dans l’UE à 27 ou au RU, y compris probablement pour les électeurs qui ont promu la sortie !

Pour trop de gens, ces « maux », signifient : pauvreté, détresse, chagrin, douleur, désolation peur, angoisse, exclusion, racisme, xénophobie, marginalisation, haine, ségrégation...

Ces « maux » semblent dépasser ceux qui sont censés les maîtriser, détenir le remède qui agira, les bloquera et les fera reculer.

Ces « maux » ont de nombreux points communs tels que : leur provenance de l’extérieur de l’Europe ; les multiples interférences mondiales ; la perméabilité des frontières internes des EM, l’impact sur le plus grand nombre de citoyens ; la division des experts sur les diagnostics, les causes et les remèdes ; la mobilisation de moyens budgétaires importants avec ou sans remèdes.

Ces « maux » se sont répandus comme une sorte d’épidémie plus ou moins agressive, selon la région, la formation, la situation familiale et professionnelle, ainsi que la résilience individuelle aux épreuves de ceux et celles qui les subissent.

Ces « maux » peuvent affecter tout le monde et nous, les Anciens de l’UE, comme les actifs ne somment pas à l’abri. Si nous sommes touchés, imaginons ce que les millions d’autres Européens moins protégés, socialement plus fragiles, subissent, notamment dans certaines régions exposées que nous connaissons tous.

Les exemples ne manquent pas : l’austérité qui a coûté 10 % de perte de pouvoir d’achat depuis 2010 et en 2014 et le statut revu à la baisse (carrières, pensions, etc.) ; les attentats terroristes de l’aéroport de Zaventem et celui à la station de métro Maalbeek à Bruxelles qui a coûté la vie à une collègue ; la crise migratoire qui, de diverses façons, a des conséquences économiques, sociales et politiques, et enfin l’effroyable hécatombe en méditerranée d’hommes, de femmes et d’enfants fuyant guerres et misère, qui répand un sentiment d’impuissance et d’injustice. Difficile pour des anciens de l’UE de répertorier, analyser et apprécier l’action des 28 EM pour éradiquer ces « maux ». Par contre, les Anciens sont mieux placés pour témoigner de la mobilisation effective de « l’Europe — Bruxelles — l’UE » (selon l’appellation préférée). L’Europe agit, en dépit de décisions difficiles, complexes, rarement unanimes et de résistances qui foisonnent ; de moyens humains et financiers insuffisants pour relever les défis. Certes l’Europe agit imparfaitement, mais elle propose, organise, coordonne, et finance des actions concrètes à l’échelle de l’Union. Les médias n’en parlent pas, voire déforment les faits, ce qui est regrettable et dommageable...

Au fil du temps, VOX a choisi de commenter, analyser et présenter ces « maux », leurs effets et leurs remèdes sous l’angle européen1. VOX tente ainsi de mettre en exergue la contribution communautaire, sachant pertinemment que l’Europe n’est que ce que ses membres veulent bien qu’elle soit ! Le Service public européen compétent et indépendant a fait ses preuves depuis 50 ans, grâce à sa « méthode communautaire » de travail. Hélas, la méthode intergouvernementale » à 28 si prisée par certains… est de retour. Non seulement elle complique tout, mais ne résout rien ou si peu. Résultat : les « maux » subsistent et l’Europe, devenue le « bouc émissaire » parfait, est accusée de tout et de son contraire.

D’un côté, l’Europe est à l’origine de ces « maux » et de leur continuation et l’on fustige même l’incapacité des « technocrates ». De l’autre côté, l’Europe c’est un diktat politique et économique imposé aux capitales par ces mêmes « technocrates ». Ces propos, parfaitement contradictoires prouvent que ce sont des arguments trop souvent à courte vue, nationalistes et bassement électoraux… Ces virulentes attaques deviennent incompréhensibles et contre — productives quand elles émanent de gouvernements qui ont pris les décisions… à Bruxelles et qui invoquent ainsi leurs propres turpitudes… pour nier leurs responsabilités.

La situation est grave, mais pas désespérée comme certains le laissent entendre. Il n’est pas trop tard pour tirer la leçon du référendum au Ru et celle des poussées europhobes. La relance, sinon la survie de l’UE, dans cette passe difficile, dépendent largement des orientations et décisions concrètes qui réduiront les effets négatifs de ces « maux » sur les citoyens — par ailleurs électeurs — les plus exposés. La tâche n’est pas insurmontable, la création de « l’European Border and Coast guard » est une décision de l’UE qui va dans le bon sens ?

L’Europe malade n’attendra pas, en dépit des échéances électorales de la fin 2016, jusqu’en 2017, voire au-delà. Cette période ne peut pas devenir à nouveau synonyme de paralysie européenne et de focalisation sur les seuls intérêts nationaux !

Il y a urgence pour éviter le pire, l’Europe doit se soigner et se reprendre.

(1) Par exemple VOX 92 Spécial CRISE d’octobre 2012.